BÈGLES. Philippe Meirieu, pédagogue à contre-courant, aborde les nouveaux défis éducatifs

« L'école me semble terriblement en danger »

Philippe Meirieu. (archives c. petit)
Philippe Meirieu. (archives c. petit)

Philippe Meirieu, enseignant, pédagogue et philosophe, vient de publier une « Lettre aux grandes personnes sur les enfants d'aujourd'hui ». Proche d'Europe écologie, il est l'invité ce soir à Bègles du député Verts Noël Mamère (1). Entretien.

« Sud Ouest ».

Quand vous posez la question « quels enfants laisserons-nous à notre monde de demain ? », à qui l'adressez-vous ? À l'école ? Aux pouvoirs ? Aux citoyens ?

Philippe Meirieu. Aux citoyens que sont les enseignants, les hommes politiques ou les simples citoyens. L'éducation n'est pas seulement la famille et l'école. Je plaide pour une écologie de l'esprit. Je suis très sensible à tout ce qui démonte les enfants : la façon dont ils sont manipulés par les médias, visés par la publicité, dont on cultive les addictions. Je n'accuse pas les nouveaux médias, mais ils posent des problèmes nouveaux. Il y a trente ans, un enfant pouvait soutenir son attention 15 minutes, aujourd'hui, c'est 5 minutes. Ils ne sont pas moins intelligents, ils savent beaucoup de choses, mais ils zappent. Il ne s'agit pas de porter un jugement sur ces phénomènes, mais il faut les prendre en compte si l'on veut faire de l'enfant un vrai citoyen, capable de sortir de la seule impulsion. »

Et l'école ?

Je crains qu'on soit dans une société qui n'aime plus son école. Elle me semble terriblement en danger. Il y a de la dépression chez les enseignants, comme le montrent des phénomènes nouveaux com-me les "désobéisseurs". Cela ne s'était jamais vu. L'école est malade. Il y manque une vision, un projet.

Les enfants sont placés en première ligne des médias dans le dossier de la grippe A.

Qu'est-ce que cela dit de notre société ?

Cela dit que nous avons beaucoup de retard dans l'éducation à la santé. Il faut la grippe A pour que l'on remette du savon dans les toilettes... Cela dit que nous sommes inquiets pour nos enfants, et que nous focalisons sur la grippe.

Et qu'est-ce que cela dit à nos  enfants ?

Je pense que les enfants ont réellement peur de la grippe A, comme ils ont peur de l'avenir. Il y a un an et demi, j'ai fait une enquête auprès de jeunes de 7 à 14 ans. 54 % pensaient que la fin du monde se produirait avant qu'ils aient fini leur vie. Je suis convaincu qu'ils ont peur de notre inconscience.

(1) Philippe Meirieu donne une conférence sur le thème des « Nouveaux défis, nouvelle éducation », ce soir à 20 h 30, à la Chapelle de Mussonville à Bègles.

Auteur : Recueillis par Gilles Guitton